Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait au nom des arbres. Des rivières. Des
sols profonds et des océans. Je l’ai fait au nom des animaux que notre bruit rend fou. Je l’ai fait au nom de demain.
Et si, dans un futur proche, ceux qui auront vu disparaître les forêts, mourir les fleuves et brûler les paysages décidaient de répondre à la catastrophe par la violence ?
Deux militants écologistes retiennent en otage le dirigeant d’une entreprise polluante. Mais ce qui devait être une action isolée révèle peu à peu un projet d’une plus grande ampleur. Partout dans le monde, des femmes et des hommes s’apprêtent à tuer ou à mourir pour leurs idées.
Dans cette pièce tout à la fois thriller politique, tragédie contemporaine et fable écologique, Laurent Gaudé interroge, dans la lignée des Justes d’Albert Camus, les limites morales de la lutte armée.
Jusqu’où peut-on aller pour défendre une cause juste?
Mes frères, regardez ma mort en direct. Les images sont pour vous. Savoir que vous êtes là me rend fort. Je sors de la grange. Arme au point. Je ne veux pas qu’ils pensent que je viens me rendre. Sur toutes les chaînes du monde, je sors. Je boite un peu mais je n’hésite pas. Je lève le bras. Je vise droit devant moi. Regardez, à l’instant où tous les fusils tirent, la seconde d’avant le moment où je suis déchiqueté par toutes ces balles, regardez, je souris. C’est à vous que j’adresse ce sourire, mes camarades. Nous sommes forts. Nous sommes invisibles et décidés. Nous défendons ce que le monde veut saccager. Je souris. Je suis avec vous où que vous soyez et je meurs sans regret. Au nom des arbres qui me l’ont demandé.

