Présentation

Depuis toujours, l’amiral de Medeiros, le contr’amiral Da Costa, le commandant Passeo et Fernando, se retrouvent une fois par un an entre amis. C’est une tradition. Ils le font toujours au même endroit : à Lisbonne, dans le restaurant de Fernando et chacun doit alors raconter une histoire. Un jour, le commandant Passeo prend la parole : le temps d’un repas, il va dévoiler à ses amis l’étrange rencontre qu’il a fait au large du Mozambique avec ce que l’on appelle là-bas « une fille de Tigirka ».

Extrait

Elle est là, ta ville, toute d’asphalte et de lumière. Regarde-la, elle ne dort pas, elle scintille d’insomnie. Toute ma vie est là. J’ai des souvenirs à chaque carrefour. Union Square. Je me souviens. Nous étions des traîtres, des pédés, des bolcheviks. Il faisait froid à New-York. L’Amérique s’armait contre le froid. Remparts de couvertures. Palissade de dollars. L’Amérique se réchauffait autour d’un champignon atomique. Traîtres. Drogués. Je m’efforçais de rester nuisible. J’indisposais mes concitoyens. Je grimaçais. J’aimais ce pays qui me détestait. Et mon père qui ne comprenait pas. Je me souviens encore exactement de la façon dont il m’avait demandé le lendemain d’une de nos manifestations : « Est-ce que c’est vrai, Moshe ? », en brandissant le journal. « Est-ce que c’est vrai, Moshe, ce qui est écrit ici? » Je ne répondais pas. Je repensais aux cris. Aux chiens qui nous avaient mordus aux mollets. Aux coups de matraque. « L’Amérique nous a recueillis, n’oublie jamais ça. L’Amérique nous a sauvés et toi, tu lui craches au visage ? » Je ne réponds rien. J’ai mal à la pommette. L’Amérique m’a frappé alors que j’étais à terre.

 

 

Mise en scène

Texte mise en scène

Mise en ondes

Texte mise en ondes