Présentation

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M’Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d’où ils s’élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l’insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore retentit l’horrible cri de ce soldat fou qu’ils imaginent perdu entre les deux lignes du front : « l’homme-cochon ». A l’arrière, Jules, le permissionnaire, s’éloigne vers la vie normale, mais les voix des compagnons d’armes le poursuivent avec acharnement. Elles s’élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité, prenant en charge collectivement une narration incantatoire, qui nous plonge, nous aussi, dans l’immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.

 
Extrait
Nous courons à toutes jambes maintenant. Côte à côte, Marius et moi. A la poursuite de l’homme nu. Nous courons dans les bosses et les crevasses de la terre. Enjambant les restes de barbelés déchiquetés. Evitant les queues-de-cochon dressées vers le ciel pour empaler les hommes. Nous courons de toute la puissance de nos muscles sans savoir où le fou nous emmène. Cela n’a aucune importance. Je n’ai jamais vu un homme pareil. Jamais entendu un rire pareil. Il est plus rapide que nous. Empêché par moins de sacs. Plus léger et plus vif. Il court plus vite et il nous faut toute notre force pour ne pas nous laisser distancer. Je sens Marius qui souffle à mes côtés. Nous sommes deux hommes à la poursuite d’un lièvre et ce lièvre-là continue de rire dans sa course.
Prix

Atout Lire de la ville de Cherbourg en 2001

Divers

Mise scène de Stanislas Nordey, à Théâtre Ouvert, en 2005