Né en 1972, Laurent Gaudé a fait des études de Lettres Modernes et d'Etudes Théâtrales à Paris. C'est à l'âge de vingt cinq ans, en 1997, qu'il publie sa première pièce, Onysos le furieux, à Théâtre Ouvert. Ce premier texte sera monté en 2000 au Théâtre national de Strasbourg dans une mise en scène de Yannis Kokkos. Suivront alors des années consacrées à l'écriture théâtrale, avec notamment Pluie de cendres jouée au Studio de la Comédie Française, Combat de Possédés, traduite et joué en Allemagne, puis mise en lecture en anglais au Royal National Theatre de Londres, Médée Kali joué au Théâtre du Rond Point et Les Sacrifiées, joué au Théâtre des Amandiers à Nanterre, dans une mise en scène de Jena-Louis Martinelli. Parallèlement à ce travail, Laurent Gaudé se lance dans l'écriture romanesque. En 2001, âgé de vingt neuf ans, il publie son premier roman, Cris. L'année suivante, en 2002, il obtient le Prix Goncourt des Lycéens et le prix des Libraires avec La mort du roi Tsongor. En 2004, il est lauréat du Prix Goncourt pour Le soleil des Scorta, roman traduit dans 34 pays.

Romancier et dramaturge, Laurent Gaudé est aussi auteur de nouvelles, d'un beau livre avec le photographe Oan Kim, d'un album pour enfants, de scénario. Il s'essaie à toutes ces formes pour le plaisir d'explorer sans cesse le vaste territoire de l'imaginaire et de l'écriture.

Hubert Gignoux
J'ai rencontré Hubert Gignoux en 1996. Dès notre première conversation, du haut de ses quatre-vingt-un ans et alors que j'en avais seulement vingt-quatre, il m'a proposé un « compagnonnage ». Pendant les douze années qui suivirent, jusqu'à sa mort en 2008, il a été à mes côtés, sur mon chemin d'écriture. Grande figure de la décentralisation, ancien directeur du Théâtre national de Strasbourg, acteur, metteur en scène, lecteur infatigable, Hubert m'a formé, m'offrant avec générosité l'exigence de son regard et sa bienveillance. Ce sera le premier à lire en public un de mes textes : c'était Onysos le furieux, en 1997, à Théâtre Ouvert. J'entends encore sa voix…

Yannis Kokkos
En 2000, Yannis Kokkos a monté Onysos le Furieux au Théâtre National de Strasbourg. Pour la première fois, j'assistais à des répétitions, je voyais de près un spectacle se fabriquer, un metteur en scène travailler et un acteur (en l'occurrence Jean-Yves Dubois) s'emparer d'un texte et le faire vivre. Je n'oublierai jamais ces moments. Ces semaines passées à Strasbourg, dans un étrange mélange de fièvre, d'angoisse et de jubilation, resteront à jamais auréolées d'une puissante magie. Je découvrais le théâtre de l'intérieur. Tout était inaugural. Yannis m'a ouvert les portes du théâtre avec sa générosité et sa douceur habituelle - et avec tout son art, surtout. Il fait pour moi partie de ces grands hommes de théâtre qui ont l'exigence de vouloir concilier l'intelligence et la beauté.

Jean-Marc Bourg
Acteur et metteur en scène, Jean-Marc Bourg a dirigé de 2000 à 2008 la compagnie Labyrinthes, basée à Montpellier, qui s'est consacré exclusivement aux écritures contemporaines. Il m'a invité régulièrement pour des résidences, des rencontres, des lectures. Mille choses en sont nées. Une amitié. Des réflexions sur le théâtre. Des rencontres avec d'autres auteurs (comme Emmanuel Darley, Michael Glück, Gilles Granouillet, Marion Aubert…) et des textes. Jean-Marc est, d'une façon ou d'une autre, à l'origine de beaucoup de mes pièces, soit qu'il en ait passé directement commande (comme pour Cendres sur les mains), soit qu'il ait rendu possible l'écriture d'un premier jet, qui, quelques années plus tard, deviendrait une pièce. C'est le cas pour Les Sacrifiées et Sofia Douleur. Il a cette exigence profonde, mêlée à une curiosité sans fond, qui font les grands lecteurs.

Actes Sud
Mon histoire avec Actes Sud a commencé en 1996. A cette époque, âgé de vingt-quatre ans, j'ai envoyé par la poste un petit texte à Claire David, éditrice théâtre, dans l'espoir qu'elle le publie dans la revue qu'elle dirigeait alors : Du théâtre, la revue. Ce qu'elle fit. Elle publiera ensuite chacune de mes pièces.
C'est par cette porte que je suis entré dans cette belle maison que Hubert Nyssen, Françoise Nyssen, Jean-Paul Capitani et Bertrand Py ont rêvée et bâtie depuis 1978, pas à pas.
En 2000, pour travailler sur ce qui deviendra mon premier roman, j'ai fait la connaissance de Bertrand Py, directeur éditorial d'Actes Sud. Depuis lors, il a été de tous les combats, mon interlocuteur pour chaque roman, dans l'amitié et la rigueur.
Je mesure la chance que j'ai d'avoir trouvé cette maison et ces gens (auxquels il faut bien sûr ajouter Nathalie Giquel, Christine Gassin, Elisabeth Beyer, Alzira Martins, Estèle Lemaître et bien d'autres…) attentifs et fidèles, ces gens qui connaissent leur métier et sont encore plein de rêves. Je mesure également la chance qu'il y a à entrer dans une maison au moment où elle entre elle-même dans une période exceptionnelle de son histoire, une période d'expansion et de joie. C'est un souffle qui porte et auquel je me mêle avec bonheur.

J'écris pour avoir des milliers d'années, connaître des foules de sentiments contradictoires. J'écris pour vivre sous des paysages étranges, à des époques passées. Pour plonger dans des vies qui me sont étrangères et être solidaires de frères éloignés.

Cris
Date de parution : 2001

« Nous courons à toutes jambes maintenant. Côte à côte, Marius et moi. A la poursuite de l'homme nu. Nous courons dans les bosses et les crevasses de la terre. Enjambant les restes de barbelés déchiquetés. Evitant les queues-de-cochon dressées vers le ciel pour empaler les hommes. Nous courons de toute la puissance de nos muscles sans savoir où le fou nous emmène. Cela n'a aucune importance. Je n'ai jamais vu un homme pareil. Jamais entendu un rire pareil. Il est plus rapide que nous. Empêché par moins de sacs. Plus léger et plus vif. Il court plus vite et il nous faut toute notre force pour ne pas nous laisser distancer. Je sens Marius qui souffle à mes côtés. Nous sommes deux hommes à la poursuite d'un lièvre et ce lièvre-là continue de rire dans sa course."

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front : "l'homme-cochon". A l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix des compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement. Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité, prenant en charge collectivement une narration incantatoire, qui nous plonge, nous aussi, dans l'immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.

Prix
Prix Atout Lire de la ville de Cherbourg en 2001

Divers
Mise scène de Stanislas Nordey, à Théâtre Ouvert, en 2005

La mort du roi Tsongor
Date de parution : 2002

« Je suis Katabolonga et je ne réponds pas à tes questions. Je parle quand je le veux. Je suis venu pour te voir. Et te dire, devant tous les tiens réunis, ce qui doit être dit. Tu as rasé ma maison. Et tué mes femmes. Tu as piétiné mes terres sous les sabots de ton cheval. Tes hommes ont respiré mon air et ont fait des miens des bêtes en fuite qui disputent leur nourriture aux singes. Tu es venu de loin. Pour brûler ce que j'avais. Je suis Katabolonga et personne ne brûle ce que je possède sans perdre la vie. Je suis là. Devant toi. Je suis là. Au milieu de tout tes hommes réunis car je veux te dire cela. Je suis Katabolonga et je te tuerai. Car par ma hutte piétinée, par mes femmes tuées, par mon pays brûlé, ta mort m'appartient. »

Au cœur d'une Afrique ancestrale, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le roi s'éteint mais ne peut reposer en paix dans sa citée dévastée. A son plus jeune fils, Souba, échoit la mission de parcourir le continent pour y construire sept tombeaux à l'image de ce que fut le vénéré – et aussi le haïssable – roi Tsongor.
Roman des origines, récit épique et initiatique, le nouveau livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l'insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s'accomplir, de quelque manière, l'apprentissage de la honte. Telle est en effet la vérité cachée, celle qui s'impose par-delà les élans du cœur et les lois du clan. Telle est peut-être l'essence même de la tragédie.

Prix
Goncourt des Lycéens en 2002
Prix des Libraires en 2003

Divers
Adapté en conte par Olivier Letellier en 2008
Mise en scène de Claude Brozzoni, à Annecy, en 2009

Le soleil des Scorta
Date de parution : 2004

« Sur un chemin de poussière, un âne avançait lentement. Il suivait chaque courbe de la route, avec résignation. Rien ne venait à bout de son obstination. Ni l'air brûlant qu'il respirait. Ni les rocailles pointues sur lesquelles ses sabots s'abîmaient. Il avançait. Et son cavalier semblait une ombre condamnée à un châtiment antique. L'homme ne bougeait pas. Hébété par la chaleur. Laissant à sa monture le soin de les porter tous deux au bout de cette route. La bête s'acquittait de sa tâche, avec une force sourde qui défiait le jour. Lentement, mètre après mètre, sans avoir la force de presser jamais le pas, l'âne engloutissait les kilomètres. Et le cavalier murmurait entre ses dents des mots qui s'évaporaient dans la chaleur. « Rien ne viendra à bout de moi… Le soleil peut bien tuer tous les lézards des collines, je tiendrai. Il y a trop longtemps que j'attends… La terre peut siffler et mes cheveux s'enflammer, je suis en route et j'irai jusqu'au bout. »

Parce qu'un viol a fondé leur lignée, les Scorta sont nés dans l'opprobre. A Montepuccio, leur petit village d'Italie du sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait vœu de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, créé avec ce qu'ils appellent « l'argent de New York », leur richesse est aussi immatérielle qu'une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie. Ou encore un secret. Comme celui que la vieille Carmela - dont la voix se noue ici à la chronique objective des événements – confie à son contemporain, l'ancien curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer.
Roman solaire, profondément humaniste, le nouveau livre de Laurent Gaudé met en scène, de 1870 à nos jours, l'existence de cette famille des Pouilles à laquelle chaque génération, chaque individualité, tente d'apporter, au gré de son propre destin, la fierté d'être un Scorta, et la révélation du bonheur.

Prix
Prix Goncourt en 2004
Prix Jean Giono en 2004
Prix Populiste en 2004
Prix du meilleur livre adaptable au Forum International de Littérature et Cinéma de Monaco en 2005

Eldorado
Date de parution : 2006

« A quelques mètres de lui, une femme le regardait. Elle était immobile. Le visage sans expression. Ni demande. Ni sourire. Tout entière dans le regard qu'elle lui portait. Il fut frappé par la volonté qui émanait de cette immobilité et de ce calme. Elle le regardait comme on fixe un point lointain que l'on veut atteindre. Il essaya de sourire mais n'y parvint pas tout à fait. Il reprit son chemin, ne sachant que penser de cette présence. « Voilà que les femmes me regardent » se dit-il. « Et moi qui pensais déjà avoir à me battre. » Puis, il reprit sa marche et n'y pensa plus. Il quitta les ruelles engorgées du marché en laissant le soleil scintiller sur les toits et les pavés de Catania. Il quitta les ruelles du marché sans s'apercevoir que la femme, comme une ombre, le suivait. »

Gardien de la citadelle Europe, le commandant Piracci navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d'intercepter les embarcations des émigrants clandestins. Mais plusieurs événements viennent ébranler sa foi en sa mission.
Dans le même temps, au Soudan, deux frères (bientôt séparés par le destin) s'apprêtent à entreprendre le dangereux voyage vers le continent de leurs rêves, l'Eldorado européen…
Parce qu'il n'y a pas de frontière que l'espérance ne puisse franchir, Laurent Gaudé fait résonner la voix de ceux qui, au prix de leurs illusions, leur identité et parfois leur vie, osent se mettre en chemin pour s'inventer une terre promise.

Prix
Prix Euregio (Euregio Schüler Literaturpreis) décerné par des lycéens de allemands, belges et néerlandais en 2010.

La porte des Enfers
Date de parution : 2008

« Je suis pliée en deux sur cette dalle de marbre et je bave de rage. Maudite soit-elle cette pierre que je n'ai pas choisie et qui recouvre désormais pour l'éternité mon enfant. J'embrasse tout cela du regard et je crache par terre. Je ne viendrai plus jamais ici. Je ne déposerai aucune couronne. Je n'arroserai aucune fleur et ne ferai plus jamais aucune prière. Il n'y aura pas de recueillement. Je ne parlerai pas à cette pierre, tête basse, avec l'air résigné des veuves de guerre. Je ne viendrai plus jamais parce qu'il n'y a rien ici. Pippo n'est pas là. Je maudis tous ceux qui ont pleuré autour de moi croyant que c'est ce qu'il fallait faire en pareille occasion. Je sais, moi, et je le redis : Pippo n'est pas là. »

Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s'enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.
Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu'on peut y descendre…
Ceux qui meurent emmènent dans l'Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. C'est dans la conscience de tous les deuils – les siens, les nôtres) que Laurent Gaudé oppose à la mort un des mythes les plus forts de l'histoire de l'humanité. Solaire et ténébreux, captivant et haletant, son nouveau roman nous emporte dans un « voyage » où le temps et le destin sont détournés par la volonté d'arracher un être au néant.

Prix
Prix du Magazine Gaël (Belgique) en 2009

Ouragan
Date de parution : 2010

2001
Prix Atout Lire de la ville de Cherbourg pour Cris

2002
Prix Goncourt des Lycéens pour La Mort du roi Tsongor

2003
Prix des libraires pour La mort du roi Tsongor

2004
Prix Goncourt pour Le soleil des Scorta
Prix Jean Giono pour Le soleil des Scorta
Prix Populiste pour Le soleil des Scorta

2005
Prix du meilleur livre adaptable au Forum International de Littérature et Cinéma de Monaco pour Le soleil des Scorta

2009
Prix du Magazine Gaël (Belgique) pour La porte des Enfers

2010
Prix Euregio (Euregio Schüler Literaturpreis) pour Eldorado

« Le texte de théâtre n'aura de valeur pour nous qu'inattendu, et – proprement – injouable. L'œuvre dramatique est une énigme que le théâtre doit résoudre. Il y met parfois beaucoup de temps. Nul ne savait comment jouer Claudel au commencement, ni Tchekov, mais c'est d'avoir à jouer l'impossible qui transforme la scène et le jeu de l'acteur ; ainsi le poète dramatique est-il à l'origine des changements formels du théâtre ; sa solitude, son inexpérience, son irresponsabilités même nous sont précieuses. Qu'avons nous à faire d'auteurs chevronnés prévoyants les effets d'éclairage et la pante des planchers ? Le poète ne sait , ne prévoit rien, c'est bien aux artistes de jouer. Alors, avec le temps, Claudel, que l'on croyait obscur, devient clair ; Tchekov, que l'on jugeait languissant, apparaît vif et bref. »

Ce qui me touche au théâtre – et ce qui me rend cet art si précieux – c'est qu'il se construit sur une série de don. L'auteur offre un texte à un metteur en scène. Qui va lui même l'offrir à des comédiens qui doivent se l'approprier avant de l'offrir, à leur tour, au public. Ces dons en cascade sont l'essence même de la création théâtrale. A chacune de ces étapes, on joue la carte de la confiance et de la surprise et on prend, du même coup, le risque de la trahison ou du malentendu. Mais c'est là que se tient l'inattendu du théâtre et sa beauté…

Giorgio Strehler (1984)
En 1984, j'ai vu « Illusion Comique » de Corneille mis en scène par Giorgio Strehler. C'est à l'odéon. Je n'avais que douze ans mais je suis resté subjugué. Gérard Desarthe. Je me souviens encore de sa faconde grotesque de Matamore, de ces poses de coq et de son allure de héron, à la fois superbe et vaniteux. Plus tard, toujours à L'Odéon, Strehler mettra en scène les pièces de Goldoni : Barouffe à Chioggia et Il campiello. Le théâtre de Strehler, c'est avant tout la beauté, et cette façon unique de faire de la scène un espace de vie, comme l'est la rue dans les villes italiennes. Ces moments de lumière, le spectateur ne peut pas s'en rassasier tout à fait et leurs souvenirs le hante pour longtemps.

Maria Casarès en Hécube (1988)
C'était en 1988. J'avais seize ans. Mes parents m'emmenèrent voir Hécube dans la mise en scène de Bernard Sobel à Gennevilliers, avec Maria Casarès dans le rôle de la veuve de Priam. Hécube et Casarès. Je ne peux plus, depuis, les dissocier l'une de l'autre. Je revois le visage de Casarès. Déjà marqué, altéré par la vie, ridé. J'entends à nouveau sa voix si particulière. Comme si elle avait deux voix en elle. Celle de la femme. Et celle, plus rauque, plus rocailleuse, de la tragédie et du deuil..

Hamlet dans la cour d'honneur du Palais des Papes(1988)
Hamlet mis en scène par Patrice Chéreau, c'est la découverte toute à la fois du travail de Chéreau, de la magie de la cour d'honneur du palais des Papes lorsque la nuit tombe, et de Shakespeare. Je me souviens de l'apparition du spectre à cheval, de la voix fiévreuse de Gérard Desarthe, tiraillé entre la honte et la rage, entre la folie et l'intelligence. Je me souviens que le temps ne comptait plus et que je voulais participer à cela, d'une manière ou d'une autre, trouver un moyen d'entrer dans le théâtre…

Onysos le furieux
« Je suis le loup, le lion, l'ours et le chacal »

Pluie de cendres
« Voilà, je suis le dernier des hommes. »

Combats de possédés
« J'ai construit un empire. »

Cendres sur les mains
« On ne sera plus coupables ? »

Le tigre bleu de l'Euphrate
« Oui, je suis le grec et le barbare »

Salina
« je suis Kwane N'Krumba, fils de ma mère humiliée. »

Médée Kali
« J'ai offert aux hommes une nuit d'étreintes sacrées. »

Les Sacrifiées
« Je te transmets la rage du combat »

Sofia Douleur
« Je veux une ville immense qui ne s'endort jamais. »

Sodome ma douce
« Gomorrhe brûle, il n'y a plus de fête. »

Onysos
Date de publication : 1997 (Théâtre Ouvert) puis 2000 (Actes Sud Papiers)
Date de création : 2000

« Je ne dors pas la nuit. Si je ferme les yeux, les étoiles de la nuit de Tepe Sarab et les tambours syncopés resurgissent. Et mes bras, mes jambes, mes articulations et mes muscles me tiraillent et se déchirent à nouveau. Je ne dors pas la nuit parce que je ne me suis pas encore vengé des hommes. J'ai quitté à jamais Tepe Sarab. Je suis nu et je vis comme un fauve, loin des hommes que je crains, dans l'ombre oppressante des montagnes Zagros. J'ai erré de Béhistoun à Hamadhan, j'ai erré jusqu'à Tepe Giyan, prenant en haine ces villages où l'on danse. La nuit est ma fureur. Personne encore ne tremble à l'évocation de mon nom mais c'est parce que personne, encore, ne m'a donné de nom. Je suis le loup, le lion, l'ours et le chacal. »

Un homme est là, assis sur le quai d'un métro, à New York. Il est vieux. En guenilles. C'est Onysos. Mi-homme, mi-dieu, il prend la parole et entame le récit de sa vie. C'est une épopée antique. De sa naissance dans les monts Zagros à la prise de Babylone, de sa fuite en Egypte à son arrivée dans la cité d'Ilion où il décide de mourir au côté des Troyens, il raconte une longue succession de pleurs et de cris de jouissance, de larmes, d'orgies et d'incendies. Le temps d'une nuit, sur ce quai anonyme, Onysos le gueux, le boueux, Onysos l'assoiffé fait à nouveau entendre sa voix et se rappelle à la mémoire des hommes.

Mises en scène
2000 : Création au Théâtre National de Strasbourg dans une mise en scène de Yannis Kokkos avec Jean-Yves Dubois, sociétaire de la comédie française.
2005 : Mise en scène de Severine Ruset au Theatre 503 à Londres (et reprise durant le festival d'Edimbourg 2006 au Traverse Theatre), avec Chris Porter.
2007 : Mise en scène de Claude Brozzoni à Bonlieu, scène nationale d'Annecy, avec Carlo Brandt.

Traductions
Traduction italienne : Simona Polvani
Traduction anglaise : Adrian Penketh et Dominique Chevalier (« Onysos the Wild »)

Pluie de cendres
Date de publication : 1998 (Théâtre Ouvert) puis 2001 (Actes Sud Papiers)
Date de création : 2001

Ajac : Voilà, je suis le dernier des hommes. Ils vont venir maintenant. (il arme son pistolet). La nuit tombe. Ils vont bientôt descendre des collines parce qu'ils ne peuvent pas s'en empêcher, parce qu'ils attendent cela depuis longtemps. Ils vont descendre avec la rage de piller et ils seront pris au piège. Je connais la ville. La nuit, ici, je suis invincible. Ils vont déferler sur la ville sans que plus aucune digue ne puisse les contenir. Il n'y a plus qu'Ajac, le lâche, le rat, qui sera là, pour les attendre. Tu avais raison Korée, il n'y avait que toi qui pouvais faire cela, me tuer ainsi. Je suis le dernier des combattants, et je vais les attendre pour en tuer le plus grand nombre, je suis le dernier et je serai le seul à n'avoir personne pour prendre soin de mon corps. Je suis le dernier et ils seront encore beaucoup à tomber sous mes coups. Je vais me battre, dans cette pluie de feu, au milieu de cette nuit qui tombe et que je connais bien, je vais partir à la chasse, et les proies seront innombrables. Ils ne m'attraperont pas. Car, de la ville, je connais chaque pierre et chaque recoin, et leur sang bientôt coulera dans les rues comme un grand fleuve impétueux. Je suis le dernier, tu as fait de moi le dernier, Korée, je ne suis plus qu'un poing serré sur une arme.

C'est le siège d'une ville. Bombardements. Asphyxie. Incendies. Il pleut sur les maisons. Une pluie de cendres qui embrase le ciel et ensevelit les décombres. Les habitants savent que la fin est proche et la défaite inéluctable. Tout le monde continue à vouloir se battre, sous les yeux de Korée, le regard de la ville, pour ne rien céder à l'ennemi. Tout le monde, sauf Ajac, l'amant de Korée. Lui ne prend pas part au combat. Il ne porte pas d'arme. Il rôde la nuit, dans les ruines, arpentant les rues, creusant dans les gravats. Il a décidé que cette ville ne lui était rien et que son combat était ailleurs. Il a décidé qu'il soustrairait celle qu'il aime à l'incendie.

Mise en scène
2001 : Création dans une mise en scène de Michel Favory au Studio de la Comédie française.

Combats de possédés
Date de publication :1999
Date de création : 2000

« Le patron : J'ai construit des hôtels. Fait bâtir des buildings et des autoroutes. Investi des capitaux dans des banques, des compagnies aériennes, des entreprises nationales. J'ai soudoyé des juges, des ministres, j'ai fait chanter riches et pauvres, indifféremment. J'ai construit un empire, qui, s'il s'écroulait, ensevelirait des milliers de personnes dans un nuage de fumée. Je suis l'ami de grands artistes, le parrain attendri de plusieurs chanteuses. On me salue, je vais dans les soirées privées sans que l'on me demande mon identité à l'entrée. Et sais-tu, fils, quelle est la pièce de cet empire qui prime sur toutes les autres ? Sais-tu ce qui tient ce grand ensemble? »

Le patron possède de l'argent et connaît le prix des choses. Il paie pour tout. Pour qu'on le protège, pour qu'on le satisfasse, pour qu'on élimine ses ennemis et pour qu'on ensevelisse leurs corps, pieds et poings liés, dans le terrain vague. Mais soudain, face à l'assassin, il hésite : sa jeunesse l'effraie et il n'a ni allié, ni descendant. Et voilà que le patron, ayant trouvé un fils de vingt ans, se décide à partager son empire, ses secrets, ses plaisirs. Il veut jouer au jeu du père et du fils. Etre généreux et bienveillant. Devant cette proposition inattendue, l'assassin doit choisir : poursuivre son désir de vengeance ou accepter d'être l'héritier.

Mises en scène
2000 : Création à la Schauspiel de Essen (Allemagne) dans une mise en scène de Yürgen Bosse.
2002 : Mise en scène de Gerhard Willert au Landes Theater de Linz (Autriche).
2002 : Lecture au Royal National Theatre de Londres.
2003 : Création française dans une mise en scène de Patrick Sueur et Paule Groleau au carré des ursulines, scène nationale de Chateaugontier, puis au Fanal, scène nationale de Saint-Nazaire.

Traductions
Traduction allemande : Heinrich Schmidt Henkel sous le titre Kampfhunde (texte représenté par Rowohlt Verlag)
Traduction anglaise : David Greig sous le tire Battle of will. Le texte est publié par Oberon books.
Traduction polonaise dans la revue Dialog (septembre 2001).

Cendres sur les mains
Date de publication : 2002
Date de création : 2001

« Fossoyeur 1 : Raconte encore. Fossoyeur 2 : C'est comme je te l'ai dit. Fossoyeur 1 : Oui, mais raconte encore une fois. Fossoyeur 2 : Ça commencera d'un coup. Une bourrasque sans prévenir. Il n'y aura eu aucun signe. Rien pour nous préparer. D'un seul coup. Une rafale énorme. Puis une autre. Le vent, comme autrefois. Pire qu'autrefois. Nous serons soufflés. Tout volera. Il faudra s'accrocher aux pelles pour ne pas tomber. La fumée tourbillonnera. Il y en aura partout. On ne verra plus rien. On ne s'entendra plus. Il faudra se crier dans les oreilles. Le vent augmentera encore. On s'accrochera l'un à l'autre. Il emportera tout. La fumée. Le cabanon. Nos pelles. Les arbres même, là-bas, seront déracinés. Et les corps aussi. Tu verras les corps s'envoler. Comme de simples feuilles. Balayés comme ça. D'un coup. Emportés sur d'autre terres. Lointaines. Il n'y aura plus rien. Nous serons seuls. Toi et moi. Accrochés l'un à l'autre. On ne se grattera plus. On sera bien. Fossoyeur 1 : On ne sera plus coupables ? Fossoyeur 2 : Coupables de rien, non. Juste réconciliés avec le vent. Ébouriffés et contents. »

Deux hommes, dans un pays dévasté par la guerre, brûlent les morts. Une femme, laissée pour morte, se relève. Ils la nourrissent, prennent soin d'elle. Elle se joint à eux pour entretenir le bûcher. Elle ne parle pas, ne parle qu'aux morts.

Mises en scène
2001 : Création dans une mise en scène de Jean-Marc Bourg à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon, puis à Théâtre Ouvert (Paris).
2007 : Mise en scène par Patrick Sueur et Paule Groleau à Bouloire (Mayenne).

Le tigre bleu de l'Euphrate
Date de publication : 2002
Date de création : 2005

« Laissez-moi. Ne me touchez pas. Ne m'entourez plus de vos soins. Je ne veux sentir ni vos onguents ni vos murmures. Quittez cette chambre. Que plus personne n'entre. Qu'elles sortent, les femmes dont vous voulez m'entourer, Les servantes qui assistent mon corps malade, qui vont et viennent dans leur tunique de lin blanc, tête baissée, changeant les draps et nettoyant mon corps. Qu'elles sortent mes trois cent soixante cinq épouses que vous avez fait entrer une à une pour qu'elles me disent adieu, Cortège interminable de lèvres charnues et de fausse compassion. Qu'elles sortent. Je les ai faites miennes du temps de ma splendeur. Je voulais une femme par jour Pour ne jamais vivre deux fois avec le même visage sous les yeux. Mais je ne suis plus ce que j'étais. Dites-le leur. Que plus personne ne vienne ici pour baiser ma main. Que plus personne ne viennent tenter sur moi des remèdes nouveaux pour me soulager. Qu'on scelle cette porte Et me laisse en paix. »

Alexandre va mourir. Après avoir battu le grand Darius, conquis Babylone et Samarkand, après avoir construit des villes et fondé un immense empire, il est terrassé par la fièvre. Il ne lui reste que quelques heures à vivre. Il ne tremble pas. Il contemple la mort et l'invite à s'approcher pour lui raconter lui-même ce que fut sa vie.
Alexandre parle et la mort l'écoute. Le laissant revivre l'ivresse de son épopée et ressentir, une dernière fois, le désir. Celui de ne jamais interrompre sa course. De s'enfoncer toujours plus loin, dans des terres inconnues. Le désir de rester toujours fidèle à cette soif intérieure que rien ne peut étancher.

Mises en scène
2005 : Création dans une mise en scène de Mohamed Rouabih, au Théâtre National du Luxembourg, avec Carlo Brandt, puis à Liège et au théâtre du colombier à Bagnolet.
2007 : Mise en scène de Gilles Chavassieux au théâtre des Ateliers de Lyon.
2010 : Mise en scène de Michel Didym à Naples, à Théâtre Ouvert, et à la Manufacture de Nancy, avec Tcheky Karyo.

Traductions
Traduction italienne : Simona Polvani
Traduction italienne : Gioia Costa

Salina
Date de publication : 2003
Date de création : 2006

« Sissoko Djimba : Ce jour-là, je me rendais à la rivière pour m'y baigner. Je suis tombé nez à nez avec un guerrier. Il était là, devant moi. C'était un homme achevé, Au regard perçant, au visage fermé. Son corps était ceint de sangles de cuir. Il portait à la main le fer takouba. Ce vieux fer que nous tenions de nos ancêtres Mais que personne n'utilisait plus pour se battre. Je me souviens de ce visage. Il était là, immobile, face à moi. Je ne savais que faire. Je ne pouvais bouger. C'est alors qu'il prit la parole et me dit : « Je suis Kwane N'Krumba, fils de Salina, Enfant de sa colère. Je me suis nourri de ses seins gonflées de rage Et j'ai grandi plus vite que les hommes. je suis Kwane N'Krumba, fils de ma mère humiliée, Et je viens te tuer. »

Salina aime le jeune Kano mais c'est à son frère, Saro, que le clan Djimba veut la marier. Elle tente d'imposer son désir, en vain. Le malheur est sur elle. Le mariage a lieu et la vie qu'elle avait espérée, doucement, lui échappe. Commence alors, pour Salina, le cycle des vengeances, dans la rage et la démesure. Organisée en un triptyque, "Le sang des femmes", "La dernière vertèbre" et "Le don des larmes", Salina est du même souffle que La Mort du roi Tsongor (prix Goncourt des lycéens 2002).
Un récit – théâtral par ses multiples voix – qui emprunte à l'antique sa violence et ses mythes.

Mises en scène
2006 : Création dans une mise en scène de Vincent Goethals, au Théâtre National du Nord (Lille).
2007 : Mise en scène de Farid Paya au théâtre du Lierre, à Paris.

Médée Kali
Date de publication : 2003
Date de création : 2003

« La pluie s'est mise à tomber, Une pluie torrentielle qui coulait le long des façades et inondait les escaliers. Les hommes ont cru que j'avais la mousson au bout des doigts, Je souriais. Ce n'était pas cela. La pluie n'était rien. J'avais bien plus. Lentement, les statues du temple se sont mises à bouger. La pluie ruisselait sur ces corps de pierre et semblait les inonder de vie. Les statues, sous les yeux médusés des brahmanes, ont pris vie. Ces femmes aux seins lourds, Chargées de bijoux, Ces femmes sculptées par nos ancêtres lointains, sont descendues de la pierre, Entraînant avec elles leurs cavaliers, Des princes majestueusement dévêtus, Au torse lisse et au front couronné. La pluie tombait toujours, Maculant les vivants de boue Et nettoyant les statues de la poussière des siècles. La pluie tombait Et j'ai offert aux hommes une nuit d'étreintes sacrées. »

Médée a tué ses enfants. Le temps a passé mais l'idée que ses fils reposent en terre grecque lui est insupportable. Elle revient sur le tombeau de ses enfants pour les en extraire et que sa vengeance soit totale.
Elle s'aperçoit alors qu'elle est suivie par un homme qu'elle ne connaît pas. Il prend garde de ne jamais s'approcher mais la suit obstinément. Elle aime sa présence. Elle lui parle. Cet inconnu sera-t-il son prochain amant ou le plus farouche de ses ennemis ? Elle sent qu'elle sera bientôt à sa merci. Parce qu'il est beau et que Médée n'a jamais su résister à la beauté des hommes.

Mises en scène
2003 : Création dans une mise en scène de Philippe Calvario au théâtre du Rond-Point, avec Myriam Boyer et Marcial Jacques.
2007 : Mise en scène de Claude Brozzoni au théâtre national d'Annecy, avec Dominique Wallon.
2008 : Mise en scène de Jean-François Dussigne au théâtre du soleil, avec Lucia Bensasson.

Les Sacrifiées
Date de publication : 2004
Date de création : 2004

« Raïssa : Regarde, Regarde, ma fille, Regarde ma main dans la tienne. Tu ne ressembles pas à ce que j'étais. Tu as les doigts fins Et les ongles faits. c'est bien. Tu es belle. Tu es belle comme je ne l'ai jamais été. Je te suis, ma fille. Je te suis jusqu'à Alger. Je ne parlerai plus. Je ne ferai que te regarder. Je te transmets le combat, ma fille. Je te transmets la tête haute et le regard droit. La vie nous a usées mais elle ne viendra pas à bout de nous. Je te transmets mes souvenirs de juillet, L'ivresse de la foule, Le sourire des gamins, Les youyous qui illuminaient la nuit, Brouhaha immense de joie. Je te transmets la rage du combat. Pose, Pose, ma fille, Pose ta tête sur mon sein Et sens ma fierté tout autour de toi. »

Raïssa est une jeune fille qui vit dans les collines de la campagne algérienne. Elle est maudite. Sa mère est morte en couches, ce qui la souille à jamais. Elle porte en elle cette faute originelle.
A travers trois générations de femmes (Raïssa, Léïla et Saïda), à travers trois époques différentes de l'histoire de la France et de l'Algérie, la malédiction se perpétue. Elle se décline sans cesse sous un nouveau visage : la guerre, l'émigration, la montée du fanatisme. La lignée de Raïssa traverse ces tourmentes. Chacune de ces femmes lutte contre l'histoire, essayant d'échapper aux coups du sort qui renversent tout. Chacune, tour à tour, pousse le cri de révolte et de combat des sacrifiées. Laurent Gaudé a choisi de raconter le destin de trois générations de femmes qui traversent la seconde partie du XXe siècle. A leur chant tragique répondent en écho les chœurs des soldats, des émigrés et des villageois.

2004 : Création dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli au théâtre des Amandiers à Nanterre, puis à la comédie de Genève.
2008 : Création de l'opéra « Les Sacrifiées » sur une musique de Thierry Pécou, et dans une mise en scène de Christian Gangneron, à la Maison de la Musique de Nanterre, puis au théâtre Silvia Montfort.

Sofia Douleur
Date de publication : 2008

« Sofia : Je veux une ville immense Qui ne s'endort jamais. Je veux de longues avenues où bruissent, les soirs d'été, des marchés en tout genre. Je veux une ville pleine de ruelles encombrées. Des corps, oui, beaucoup de corps pour me frôler dans la moiteur des nuits d'été, Des foules compactes dans lesquelles j'ai peine à respirer. Je veux des chambres d'hôtel où me réfugier. Je veux être seule au milieu de la foule. Arpenter des rues jour et nuit. Et lorsque j'en aurais fini avec cette ville, J'en veux une autre et une autre encore Jusqu'à épuiser le continent. Je veux passer ma vie à dessiner, sur les cartes du monde, de longs voyages émerveillés. »

Sofia a le diable au corps. Elle est née ainsi, avec un appétit profond de jouissance. Ses trois mères, scandalisées par ce dérèglement obscène, la mutilent et la bannissent. Commence alors pour elle une longue quête parmi les hommes, à l'endroit et à l'envers du monde.
Laurent Gaudé construit ici une pièce qui oscille entre plaisir et frustration, fantasme et mélancolie, désir d'être au monde et crainte de s'y perdre. Dans cet univers tour à tour voluptueux et menaçant, les personnages s'étreignent et se cherchent avec fièvre, mus tout entiers par l'urgence de vivre.

Sodome ma douce
Date de publication : 2009
Date de création : 2010

« Soudain, D'un coup, Au milieu de la nuit, Une voix retentit : Regardez, regardez là-bas. Les chants ont cessé. Les oiseaux se sont tus. L'eau des fontaines s'est immobilisée. Regardez, regardez là-bas. Nous nous sommes redressés, Nous avons tourné la tête et tenté d'épier le fond de la nuit. Au loin, Oui, Au loin, Des lueurs orangées faisaient scintiller le ciel. Un long murmure est né sur nos bouches et a couru dans la foule. Un long murmure qui ne cessait de grossir. Gomorrhe brûle. Nos yeux, Nos lèvres, Nos visages étonnés étaient rivés sur l'horizon. Gomorrhe brûle, il n'y a plus de fête. Gomorrhe brûle et le vin devient vinaigre. »

Le ciel craque, la pluie tombe. Une femme est là qui n'a pas bougé depuis des siècles. L'averse, lentement, la fait renaître. Lorsqu'elle se met à parler, c'est pour évoquer le souvenir de sa ville natale : Sodome.
Sodome et Gomorrhe, cités jumelles, libres et sensuelles. Sodome et Gomorrhe, villes sœurs, subversives parce que voluptueuses. Sodome et Gomorrhe, saccagées par la haine des hommes et marquées à jamais du sceau de l'infamie.
Qu'a perdu le monde en brûlant Sodome et Gomorrhe ?

Mise en scène
2010 : Création dans une mise en scène de Lynne Parker (Rough Magic Theatre company) au Project Arts Centre de Dublin, avec Olwen Fouéré

Traduction
Traduit en anglais par Olwen Fouéré

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